• La cruauté au centre du mandat •

Depuis la formation du Théâtre à l’eau froide, on se fait souvent demander " Mais c’est quoi donc, votre mandat? ".

Ça nous a un peu pris par surprise au début. De devoir délimiter nos champs d’intérêts si tôt dans notre processus artistique. Parce que ça nous semblait tellement vaste, les possibles. Alors nous avons pris la peine de nous asseoir et de voir ce qui nous happait plus particulièrement dans la dramaturgie. Tout d'abord, on a compris qu'on l'aimait contemporaine.

Maintenant, les thèmes... Curieusement, nous avons réalisé que la bestialité humaine nous fascinait beaucoup. Je dis curieusement parce qu’au premier abord, les membres du TEF sont plutôt des êtres de lumière. Des " gentils gentils ". Toutefois, la noirceur humaine liée à la cruauté est au cœur de nos intérêts artistiques. L’inhumanité se cache à l’intérieur de chacun de nous.

 Crédits: Joannie Verreault

Crédits: Joannie Verreault

Nous portons tous la « pulsion de mort » telle qu’abordée par Freud, cette pulsion destructrice pour les autres mais aussi pour nous-même. Quels sont les moments où celle-ci apparaît et comment pouvons-nous la contrôler? Lorenz, dans Les pulsions agressives chez l’Homme et l’animal, traduit bien ce qui nous interpelle chez l’humain :

"Il est également plus que vraisemblable que les effets de l’agressivité humaine que Freud expliquait par une fondamentale pulsion de mort reposent tout simplement sur le fait que la sélection intraspécifique[…] a conféré à l’homme dans les temps les plus reculés de son existence un potentiel d’agressivité qui ne trouve plus à se libérer dans l’organisation sociale de notre temps ".

Oui, cette pulsion ne peut plus se libérer complètement mais elle apparaît souvent par bribes. Elle s’émane dès quelle peut, traverse les dialogues et les comportements humains. Et c’est ça qui nous fait tripper.

La bestialité était une donnée claire dans Buffles, considérant que les personnages étaient représentés par des animaux. De plus, nous avons pu tester certains paramètres de la cruauté lors de notre passage au Festival des arts émergents de Sorel-Tracy (FAST). Notre « Cabaret Cruauté » nous a permis de voir jusqu’où les gens sont prêts à aller dans leur propre cruauté afin de punir celles des autres. Nous avons aimé analyser la dualité bourreau/victime lors de cette résidence.

Les limites de la bestialité sont propres à chacun. Et cette confrontation des limites peut créer des moments dramaturgiques très forts. C’est pourquoi le Théâtre à l’eau froide tente et tentera de trouver des textes où l’on retrouve ce genre de dynamiques relationnelles.

Mais on va encore faire des blagues de pet dans la vie.
Parce qu’il faut pas oublier la lumière, jamais.

 

[1] LORENZ, “Les pulsions agressives chez l’Homme et l’animal », L’Homme dans le fleuve du vivant, trad. J. Étor, Flammarion, 1981, p.346-362

Catherine Demers